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Aux Fondements De La Pensée Indienne

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Les Ascètes

 
 
 
 
 
 
 
La plus ancienne communauté ascétique du Proche-Orient est celle des Juifs Esséniens qui se retirèrent dans les falaises de la mer Morte au IIe siècle avant Jésus-Christ à Qumran.
 
Pline l’Ancien les décrit dans son Histoire naturelle : 
 
« À l’ouest de la mer Morte sont établis les Esséniens, à distance suffisante du rivage pour n’en être pas incommodés. 
 
Ce sont des gens solitaires et singuliers, comparés à tous les autres. Ils n’ont pas de femmes. Ils ont renoncé à l’amour et vivent dans la compagnie des palmiers. 
 
Leur groupe se recrute grâce à l’arrivée de nouveaux adhérents. La foule est grande de ceux qui sont attirés chez eux par le dégoût de la vie ou les aléas de la fortune. 
 
Ainsi chose incroyable, depuis des milliers de siècles dure une nation éternelle dans laquelle ne se produit aucune naissance, mais dont l’accroissement est dû à la pénitence (1). »
 
Plus tard, ce sont les chrétiens qui partent vers le désert. 
 
Encore peu nombreux au début du IVe siècle, ils attirent très vite des disciples et, pendant plus de deux siècles, « le désert fleurira » selon la prophétie d’Isaïe, transformé en « pré spirituel » par des milliers d’anachorètes qui s’installent dans des grottes, des trous creusés dans le sol ou des cellules sommaires.
 
Cachés dans les endroits les plus inaccessibles ou groupés en véritables colonies monastiques dans des déserts demeurés célèbres, ils cherchent la Présence de Dieu par les voies externes de l’ascèse et de la solitude. 
 
Certains Sont très connus : Paul, le plus légendaire; Saint Antoine, le plus tourmenté; Macaire, l’intrépide; Pacôme, qui, après avoir mené une vie d’ermite, crée, en Thébaïde, les premiers monastères chrétiens; Siméon le stylite, qui inaugure en Syrie un moyen métaphorique de gagner le Ciel. 
 
Ce sont essentiellement les fondateurs. 
 
Des récits hagiographiques, comme la vie de Paul et d’Hilarion par Saint Jérome, d’Antoine par Saint Athanase, de Siméon par Théodoret, ou de Pacôme en langue copte, ont perpétué leur mémoire. 
 
On a conservé les noms de beaucoup d’autres et leurs « apophtegmes », paroles charismatiques transmises oralement à leurs disciples et mises plus tard par écrit.
 
De la multitude restée anonyme, il y a les descriptions données par les voyageurs de l’époque : Pallade, Rufin d’Aquilée pour l’Égypte, Théodoret et Jean Moschos pour la Syrie et la Palestine. 
 
Pline l’Ancien le précisait bien, 
 
« c’est par le dégout du monde » que ces hommes et ces femmes Vont vers le désert. La médiocrité de leur environnement les rend malades : tant de soucis pour des choses si vaines
 
Le bruit des mots, des paroles sans consistance, avive en eux une soif innée de silence, le quotidien érigé en absolu, l’histoire d’une famille, d’un village ou d’un pays qui se prend pour l’Histoire et le centre du monde leur apparaît comme une forme repoussante d’idolâtrie.
 
Les yeux douceâtres de la convoitise, les cris répétés de la colère, les affirmations péremptoires d’êtres sans fondement, tout cela fait monter en eux l’haleine fétide des lassitudes et du dégoût.
 
Le désert leur apparaît comme une issue à ce monde sans issue. 
 
Là-bas peut-être trouveront-ils quelque apaisement et un peu de silence pour leur âme
 
Il faut fuir la ville, ses étalages de fiente et ces montagnes d’ordures qui se cachent parfois sous la peau trop douce des femmes et des enfants. Et tous ces velours cramoisis que sont les richesses, la puissance et l’arrogance de ceux qui bientôt étoufferont dans leurs grands airs et pourriront comme tout ce qui est matière… 
 
 
 
(1) Pour ceux qui préfèrent les précisions historiques aux affirmations enthousiastes de l’historien, il faut savoir que, construit entre 135 et 104 av. J.-C le monastère de Qumran fut détruit par les légionnaires romains en 68 apr. J.-C. 
 
 
 
Jean-Yves Leloup
Extrait de « Déserts, Déserts »
 
 
 
 
Billet proposé par Aron O’Raney

(Source : oraney.blogspot.com)

La Tempérance

 
 
 
 
 
 
Quatre vertus cardinales ont un rôle pivot, d’où l’appellation « cardinale », issue du Latin cardo : charnière, pivot dans l’action humaine 
 
La tempérance l’une de ces quatre vertus assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et contient les désirs elle modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés.
 
La tempérance est souvent louée dans l’Ancien Testament : 
« Ne te laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits » (Si 18, 30). 
 
Dans le Nouveau Testament, elle est appelée modération ou sobriété. « Nous devons vivre avec modération, justice et piété dans le monde présent » (Tt 2, 12).
 
Dévolue au Compagnon du Rite Écossais Rectifié, la tempérance est la marque d’un état intermédiaire se situant à mi-chemin entre l’action et la contemplation.
 
Le Vénérable a signalé au récipiendaire, pour le cas où le travail du premier degré se serait avéré insuffisant :
 
« Nul homme, mon cher Frère, ne fait des progrès vers le bien sans la connaissance de lui-même. 
 
Celui qui ne se connaît pas encore n’a aucune idée juste de son origine et de sa destination. 
 
Il est sans but, sans règle, et n’agit que par l’impulsion dominante des habitudes et des passions dont il est l’esclave. 
 
Soumis à l’influence de tous les objets qui l’environnent, il ne connaît pas la tempérance, il fait toujours trop ou trop peu. 
 
Évitez cet écueil, mon cher Frère. Que votre oeil pénétrant découvre les motifs de vos penchants et de vos désirs. 
 
Si vous reconnaissez que vous êtes loin de la route, gardez-vous d’errer plus longtemps dans ce vaste désert, et n’oubliez pas qu’il vous faut un asile avant la fin du jour ».
 
Bien évidemment, les maîtrises mentale et comportementale constituent les étapes liminaires pour tout persévérant dans la carrière, mais il serait dommage de limiter cette vertu à la seule restriction des excès matériels qui ressortent encore de l’apprentissage.
 
Celui qui avance vers la maîtrise est censé avoir canalisé la force brute en énergie spirituelle. 
 
Par la méditation et la compréhension des symboles, il sait désormais que toute progression ne peut s’accomplir que dans l’aplomb avec l’équilibre le plus parfait, car toute vie sera pesée, mesurée, jugée selon le poids des actes et des douleurs ou conséquences qui en proviennent.
 
La Tempérance exige qu’on retranche tout ce qui empêche la pensée de se tourner vers la vérité, un certain renoncement qui seul permet d’acquérir la pensée de l’ordre, laquelle est l’exercice de purification par excellence » (Aristote).
 
« Être tempérant c’est dominer les plaisirs et les passions ; or aucun plaisir n’est au-dessus de l’amour ; s’ils lui sont inférieurs, ils sont vaincus par lui, et il est leur vainqueur ; or étant vainqueur des plaisirs et des passions, il est supérieurement tempérant. » (Platon) 
 
Celui qui se mesure, se contrôle facilement, ne se soucie plus des besoins, penchants, désirs inhérents au terrestre et matériel. 
 
Il se sent disponible, prêt pour une autre tâche ; il augmente sa capacité de réception sensible. 
 
La tempérance marque l’arrêt de la phase précédente, dite de transformation de soi. 
 
En offrant une opportunité des choix c’est à dire : se consacrer au vertical ou voie mystique, à l’horizontal avec un engagement humaniste ou allier un juste équilibre dans le domaine des hommes et celui de la divinité, elle indique aussi une direction pour progresser sur le chemin. 
 
L’amour évoqué devient un atout formidable pour celui qui le sent vivre en lui. 
 
Il ne s’agit pas ici d’un amour charnel ou humain, mais de cette essence « spiritueuse » qui amène l’homme à s’élever vers l’Éternel. 
 
Celui qui éprouve de tels élans se détache des pulsions physiques : l’Amour les a vaincues. 
 
La tempérance opère une régénération. 
 
En faisant prendre conscience du résultat de la maturation en soi, elle prédispose l’esprit à s’extirper de la matière en provoquant un éveil particulier : celui de sa conscience angélique et divine.  
 
Elle rappelle que l’on se situe à mi-parcours du chemin qui va de la mort à la vie, qu’il nous faut recourir à toutes les potentialités lumineuses qui vibrent en nous ; c’est le moment d’espérer de franchir le pont qui sépare les mondes en obtenant la « liberté de passer », celle qui permet de communiquer avec l’univers céleste.
 
 
 
Base Documentaire : Christian Guigue — La Formation Maçonnique —
 
 
 
Billet proposé par Aron O’Raney

Notre Nature Fondamentale

 
 
 
 
 
 
 
Il Est Clair Que L’amour, L’affection, La Compassion, L’attention Aux Autres Nous Apportent Un Tel Bonheur.
 
 
Je crois, affirme le Dalaï-Lama, que chacun de nous possède les bases pour être heureux, et pour accéder à la chaleur et la compassion qui sont source de bien-être.
 
C’est pour moi une conviction : non seulement nous possédons ce potentiel de compassion tout au fond de nous, mais je tiens la gentillesse pour la nature première, ou essentielle, de l’être humain. 
 
— Sur quoi fondez-vous cette conviction ? 
 
— La doctrine bouddhiste de la « Nature de Bouddha » nous fournit quelques motifs de croire que, par nature et par essence, tout être doué de sensation est essentiellement bon et dénué d’agressivité. (1) 
 
Mais ce point de vue est aussi valable sans qu’il soit besoin de recourir à la doctrine de la « Nature de Bouddha ».
 
Il est en effet d’autres motivations sur lesquelles fonder cette conviction. 
 
Ainsi, voyez-vous, l’affection ou la compassion ne sont pas seulement d’ordre religieux.
 
Elles sont indispensables à la vie de tous les jours.
 
Toute l’existence le démontre : depuis les premiers jours jusqu’à la mort, on se nourrit de l’affection des autres. 
 
Notre tout premier acte est de téter le lait de notre mère ou d’une nourrice. C’est là un acte de compassion, sans lequel, à l’évidence, nous ne pouvons survivre, et qui suppose une affection mutuelle. Faute d’un lien affectif avec la personne qui lui donne le sein, l’enfant refusera de téter. Et sans affection, sa mère ou sa nourrice n’aura pas spontanément de montée de lait. 
 
Telle est la vie. Telle est la réalité.
 
Nourrir des sentiments d’affection renforce non seulement notre organisme, mais aussi l’équilibre affectif. Il suffit, pour le comprendre, de songer à ce que nous éprouvons quand les autres nous témoignent chaleur et affection.
 
Ces émotions, et les comportements positifs qui vont de pair, sont les garants d’une vie plus heureuse, tant en famille qu’en collectivité.
 
C’est pourquoi nous pouvons en déduire que la bonté est le fondement de la nature humaine. C’est ce qui confère toute sa valeur à une existence plus en accord avec la nature de notre être, à savoir sa bonté élémentaire.
 
— Si notre nature essentielle n’est que bonté et compassion, comment expliquez-vous tous les conflits et les comportements agressifs qui nous entourent ?
 
Le Dalaï-Lama hoche la tête un moment, songeur.
 
— Il est certain que nous ne pouvons ignorer l’existence de conflits non seulement en chaque individu, mais aussi au sein de la famille, ou dans la relation avec l’autre, à quelque niveau que ce soit, social, national ou mondial.
 
Au vu de ces tensions. Certains concluent que la nature humaine est fondamentalement agressive.
 
Ils étayent leur thèse en invoquant l’histoire de l’humanité, et avancent que l’homme est bien plus agressif que d’autres mammifères. 
 
Ou bien encore ils tiennent le raisonnement suivant : 
 
« Oui, la compassion fait partie intégrante de notre esprit. Mais c’est également le cas de la colère. L’une et l’autre occupent une place plus ou moins équivalente dans la nature humaine. » 
 
Quoi qu’il en soit, insiste fermement le Dalaï-Lama — et soudain, il se penche en avant, tendu, comme aux aguets _, je garde la ferme conviction que la nature humaine est essentiellement bonne et compatissante. C’est là le trait dominant de l’humain. 
 
Certes, la colère, la violence et l’agressivité peuvent interférer, mais ce ne sera jamais, je le crois, qu’à un niveau secondaire et plus superficiel.
 
D’après moi, ces pulsions n’entrent pas dans notre nature la plus essentielle et surviennent seulement après que l’amour et l’affection se sont soldés par un échec.
 
« C’est pourquoi, je le pense, ces conflits sont plutôt le produit d’une intelligence déséquilibrée, ou dont on fait mauvais usage, et des débordements propres à l’imagination.
 
En comparant l’évolution de l’Homo sapiens à celle d’autres espèces, on voit que l’homme s’est trouvé jadis en position d’infériorité physique par rapport à l’animal. Pour compenser cette infériorité, il a su développer son intelligence, son aptitude au maniement de quantité d’objets et, peu à peu, a su dominer un milieu hostile. 
 
Au fur et à mesure. La complexité croissante de la société humaine a conféré à nos facultés cognitives un rôle prépondérant. 
 
L’évolution humaine me porte donc à croire que la gentillesse est au fondement de notre nature, et que l’intelligence, faculté humaine par excellence, n’intervient qu’ultérieurement. 
 
Et si elle n’est pas contrebalancée par la compassion, alors elle peut devenir destructrice et conduire droit au désastre.
 
Si les conflits humains naissent d’un dévoiement de l’intelligence, à l’inverse, cette dernière peut servir à trouver les voies et moyens de les surmonter. 
 
Allier la bonté de cœur au savoir et à l’éducation nous apprend à respecter les opinions et les droits des autres et rend toutes les actions humaines constructives. On jette ainsi les bases d’un esprit de réconciliation.
 
— Donc, conclut-il, quels que soient le degré de violence et les épreuves qu’il faut traverser, je crois que la solution ultime à tous nos conflits, tant intérieurs qu’extérieurs, réside dans le retour à notre nature fondamentale, à notre bonté et à notre compassion enfouies.
 
 
(1) Dans la philosophie Bouddhiste, la « nature de Bouddha » se réfère à la nature essentielle, élémentaire de l’Esprit, qui est aussi la plus subtile. Cet état d’Esprit, présent chez tous les Êtres humains, est pur de toute émotion ou pensée négative.
 
 
 
L’Art Du Bonheur — Extrait des entretiens (1982) entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler — Psychiatre et neurologue
 
 
 
Billet proposé par Aron O’Raney